Une amie lectrice de ton blog a écrit un jour "l'écrit peut-il soigner la peine ?" alors depuis quelques jours j'ai grand besoin d'écrire, de t'écrire, mais que c'est difficile, tu es là assise devant moi, avec ce sourire un brin narquois devant ce chemin de lumière... Je te dirai donc simplement merci pour tous ces articles car c'est par eux que nous nous sommes connus. Bon sens et déraison, sur ces deux rails de la pensée tu m'a fait voyager de part ton monde, impossible d'évoquer toutes les escales, des quatuors à la mique périgourdine, des scènes d'Orange aux pâtisseries juives de Rome, le soleil se couchant sur le phare de Cordouan et la cuisson raffinée des palombes, tu m' a fait voir des films que je ne verrai jamais, comprendre des tableaux que j'avais mal regardés mais surtout tu m'avais donné ton amitié. Merci Nicole tu resteras toujours dans mes pensées.
A thing of beauty is a joy for ever : its lovelyness increases, it will never pass into nothingness, but still will keep a bower quiet for us, and a sleep full of sweet dreams and health, and quiet wreathing. John KEATS
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7 septembre 2015
21 août 2014
Quand l'orage se joue du tour.
Ce serait la fête le tour passait sous nos fenêtres, enfin presque alors on a fait des invitations, venez faire un tour il fera beau, du soleil plein la tête un bon verre à la main.
Mais cet été n'est pas sportif alors c'est sous les parapluies qu'avec mon cousin, un ami et mon petit-fils nous sommes partis au bord de la route pour les voir passer... et bien je vous assure ils passent vite et entre la pluie battante, les coups de tonnerre et les éclairs et les éclaboussures des motos nous n'avons pas vu grand chose. Enfin si le soir on s'est vu à la télé !!!!!!
27 avril 2014
11 novembre 2013
Que l'intendance suive...
Pendant la guerre de 14/18 mon grand-père Maury avait abandonné ses fourneaux Bergeracois pour ceux beaucoup plus aléatoires des tranchées de Verdun. Je ne sais si cette photo ( il est au milieu du groupe une serviette sur le genou) a été prise entre deux batailles, entre deux approvisionnements, mais j'aime y voir, au milieu de cet enfer, l'image de quelques instants du plaisir de vivre qu'il avait pu apporter à ses compagnons.
25 octobre 2013
Cravaté...
Grace aux réseaux sociaux d'internet et plus spécialement à celui "d'avant" j'ai eu cet été l'occasion de reprendre contact avec un condisciple de lycée. Echanges de mails, es-tu bien toi ? mais oui et toi ? te souviens tu ? mais oui bien sur... et nous avons découvert que quelques centaines de mètres seulement séparaient sa villégiature d'été de mon moulin préféré. Il était donc impensable de ne pas se revoir, exercice plus périlleux qu'il ne peut y paraitre, nous n'avons eu que l'année de philo en commun puis chacun a suivi sa route lui devenant un chef d'entreprise parisien moi gardant mes sabots périgourdins. Pour seul repaire il n'y avait que le souvenir étayé par cette photo de classe qu'il me fit parvenir lors de nos échanges maili-mailo épistolaires. Puis ce fut la rencontre sous le regard amusé de nos épouses, très vite nous avons fait machine arrière, évoquant d'abord ces visages sur lesquels il était parfois difficile de mettre un nom, puis nos parcours, nos familles, nous découvrant des goûts communs, rendant cette première rencontre si sympathique qu'elle fut suivie d'une deuxième. Le rythme est pris et nous nous reverrons lors de son prochain séjour.
"Dis donc tu étais cravaté" m'a-t-il fait remarquer et oui mon cher Henri mais je n'étais pas le seul, un fils de docteur fort en thème et un fantôme du passé au nom oublié portent aussi cravate, un petit quinze pour cent !
La cravate, un accessoire emblématique de mon vestiaire et cela dès le très jeune âge, à quand remonte ma première cravate ? La communion sans doute, douze ans, binoclard et grassouillet, plus sérieux qu'un Pape et bien cravaté, un putti attardé !!!
Le plaisir de les porter, de les choisir, d'en assortir les couleurs, les textures aux costumes c'est à lui que je le dois.
Louis Godard, grand père paternel de ma cousine Annette m'offrit mes premières cravates, Noel, anniversaire, je ne sais plus mais cousin d'un chemisier parisien il avait un approvisionnement facile et sans doute pléthorique.
Toujours cravaté mais j'ai supprimé les lunettes grâce à une gymnastique des yeux ordonnée par une ophtalmologiste bordelaise, par la même occasion je supprime déjà quelques kilos excédentaires.
Puis vint l'époque des études bordelaises durant lesquelles j'assouvissais ma passion chez Nadal ou chez Rainbow d'ou vient sans doute la plus solennelle, celle de mon mariage. Le choix des cravates était alors phénoménal chez Nadal notamment, matières : laine tissée ou tricotée soie lourde ou twill, elles étaient rangées dans de grands tiroirs, classées par couleur dans des meubles d'acajou semblables aux médaillés du XIXeme. Au fil des ans j'ai consommé des étroites unies, des larges au décor psychédélique des normales de toutes couleurs !!! pour finir avec une préférence marquée pour les petits motifs de Ferragamo et les indémodables d'Hermès.
Souvenir d'un jour de solde de cette maison, une queue impossible et un train à prendre alors j'ai embobiné le portier lui expliquant avec véhémence et exaspération que ma femme était entrée depuis plus d'une heure et qu'il fallait absolument que je la récupère d'urgence car nous allions rater le train tout cela avec un bel accent du sud-ouest... je suis passé devant tout le monde et j'ai raflé cinq cravates plus un châle cachemire pour ma moitiée qui m'attendait à la maison.
Depuis longtemps grand père Louis ne m'offrait plus de cravates mais mon épouse et ses parents prirent le relais, pas d'anniversaire, de fête des pères sans quelques cravates auxquelles s'ajoutaient celles rapportées de séjours à Paris Londres ou Milan pour des salons de tourisme.
Puis la retraite arriva, depuis les dernières cravates en service dorment dans les placards aux souvenirs, je les regarde parfois, chacune a son histoire. Elles sortent bien rarement il faut au moins un mariage... Ah oui les lunettes sont de retour !!!
Petit commentaire sur la façon de nouer la cravate, j'ai d'abord utilisé la méthode du noeud simple pour plus tard adopter le demi-windsor réalisable sans miroir en moins de 30 secondes... pratique car il faut quand même avouer qu'en dehors des heures de service la cravate était de moins en moins de mise.
Salvatore Ferragamo est surtout connu pour la qualité de ses souliers pourtant les cravates sont incomparables. il en reste quatre dans la collection .
P. S. Un garçon cravaté de vingt ans qui peut encore y croire, mais ceci se passait au siècle dernier avant un certain mois de mai et je savais en certaines circonstances trouver la tenue adéquate... chapeau n'est-ce pas !!!
23 octobre 2013
Quand l'été joue des bis.
C'était il y a quelques semaines, une escapade au bassin d'Arcachon. Deux jours au Ferret avec baignade à l'océan et repas d'huitres devant les parcs... a consommer sans la moindre modération.
Etonnant et pourtant vrai, mon dernier séjour datait de... et nous étions rentrés en solex... un bon 150km. Alors en quelle année ?


16 septembre 2013
Chroniques... suite.... un régime d'été.
Oui un été rythmé par les baignades et le farniente à la piscine ! même le rasoir avait pris des vacances !
Et pourtant derrière ce calme apparent une bataille était engagée.
Elle fut déclarée pendant la venue de Carole début juillet toute fière de sa minceur et du nouveau mode de nutrition observé par sa famille, la paléo-nutrition. Suivi de façon assez soft pendant une semaine ce régime qui supprime surtout les laitages que nous consommions en quantité a donné des résultats spectaculaires et depuis deux mois nous le suivons selon les jours de près ou d'un peu plus loin mâtiné de diète alcaline .Il apporte un double résultat, pour ma Dame la perte de 5 kilos et pour moi de 8 kilos mais surtout la quasi disparition de douleurs musculaires et autres tendinites qui se sont envolées avec le surplus pondéral. Aucune sensation de faim, bien au contraire, plus aucune envie de grignotage et de "biscuitage" mais un regain de vitalité et de bien-être qui m'a fait apprécier pleinement les plaisirs de ce bel été. On a gardé bien sur quelques petites fantaisies, la glace maison du dimanche par exemple mais quelques principes simples et le résultat est spectaculaire. Un seul inconvénient cependant d'importance, ma Dame commence à me prévenir qu'elle n'a plus rien à ce mettre pour cet hiver.
2 février 2012
Brrr... fait froid.... si on mettait les voiles ?
Pour se réchauffer quelques photos souvenirs, vacances aux iles... en janvier, il y a tout juste 20 ans.
Canouan dans les Grenadines pour y jouer les Robinson.
Canouan dans les Grenadines pour y jouer les Robinson.
4 janvier 2012
Un militaire en sécurité.
En préambule une photo retrouvée de Climat de France dans l'état ou il était en mars 1962... et ces quelques lignes sur l"accident d'Alger"relaté dans le dernier billet.
Citation: Le vendredi 23 dès l'aube, des équipes de l'O.A.S. armées et porteuses de brassards édifient des barrages à l'entrée de Bab-el-Oued. Les soldats français qui tentent de patrouiller sont désarmés. Il n'y a pas de fraternisation avec les commandos, mais les éléments militaires du secteur paraissent vouloir jouer la neutralité. l'Armée Secrète peut penser que son plan de créer à Bab El oued une algérie française libre est en train de se réaliser .
Hélas ! A dix heures, le premier rouage d'un engrenage tragique se met en place. A cette heure-là, Place Desaix, un camion militaire arrive et dérape sur la chaussée rendue glissante par des jets d'huile. Les ordres donnés sont clairs: ne pas tirer sur les militaires français, mais les désarmer.
Malheureusement, ceux-là, des appelés du train, ne veulent pas donner leurs armes. Parmi eux, un soldat musulman prend peur. (Dans ce quartier où les attentats systématiques ont fait fuir tous les autochtones, la panique le saisit.)
Selon Montagnon, il tire sur les commandos Alpha, tuant un homme, selon Courrière il n'a fait qu'armer sa MAT, mais la réaction des hommes de l'O.A.S. est immédiate. Ils ouvrent le feu; sept deuxième classe sont tués, onze sont blessés. Le 23 mars est pour les partisans de l'Algérie Française une journée fatale: entre eux et l'Armée désormais il y a du sang-
En fait le soldat musulman n'a ni tiré ni armé son fusil mitrailleur, que de contre vérités j'ai pi lire sur ce qu'on appelait encore "le maintien de l'ordre"
Citation: Le vendredi 23 dès l'aube, des équipes de l'O.A.S. armées et porteuses de brassards édifient des barrages à l'entrée de Bab-el-Oued. Les soldats français qui tentent de patrouiller sont désarmés. Il n'y a pas de fraternisation avec les commandos, mais les éléments militaires du secteur paraissent vouloir jouer la neutralité. l'Armée Secrète peut penser que son plan de créer à Bab El oued une algérie française libre est en train de se réaliser .
Hélas ! A dix heures, le premier rouage d'un engrenage tragique se met en place. A cette heure-là, Place Desaix, un camion militaire arrive et dérape sur la chaussée rendue glissante par des jets d'huile. Les ordres donnés sont clairs: ne pas tirer sur les militaires français, mais les désarmer.
Malheureusement, ceux-là, des appelés du train, ne veulent pas donner leurs armes. Parmi eux, un soldat musulman prend peur. (Dans ce quartier où les attentats systématiques ont fait fuir tous les autochtones, la panique le saisit.)
Selon Montagnon, il tire sur les commandos Alpha, tuant un homme, selon Courrière il n'a fait qu'armer sa MAT, mais la réaction des hommes de l'O.A.S. est immédiate. Ils ouvrent le feu; sept deuxième classe sont tués, onze sont blessés. Le 23 mars est pour les partisans de l'Algérie Française une journée fatale: entre eux et l'Armée désormais il y a du sang-
En fait le soldat musulman n'a ni tiré ni armé son fusil mitrailleur, que de contre vérités j'ai pi lire sur ce qu'on appelait encore "le maintien de l'ordre"
C'est dans un tout autre quartier que nous débarquons Jacques D. et moi en cette fin avril ou début mai 1962, nous pouvons admirer la ville blanche depuis les jardins de la villa art-déco siège de la S.M. jouxtant le célèbre hôtel Saint Georges sur les hauteurs d'Alger. J'ai très peu de souvenirs des lieux et encore moins de ce que j'y faisais, nous avions troqué notre immense chambrée pour des chambres de 6 aménagées dans des baraquements métalliques datant sans doute de la présence de l'armée américaine. Ils avaient un côté très pratique, nous permettre de grimper sur le toit pour profiter du chaud printemps algérien, chaud à tous points de vue puisque de là nous pouvions voir les explosions qui secouaient la ville et particulièrement l' l'immeuble de la radio situé tout près, l'OAS était très active à cette période plasticages, voitures piégées, tirs de bazoukas rythmaient nos nuits et nos journées rendant les sorties bien rares toute permission étant refusée. En fait la ville était divisée en deux
zones, l'une européenne, interdite aux musulmans qui s'y font
assassiner s'ils s'y aventurent, malgré le quadrillage
des forces de l'ordre, l'autre musulmane où tout
européen s'y fait également assassiner... c'est alors l'accentuation de la fuite de la population française. Bien tranquille dans notre villa entourée de barbelés prenons nous conscience de la réalité et de la gravité de la situation ? je crois que non malgré les pains de plastic découverts sous l'escalier de la villa ou nos rares sorties destinées surtout à déménager les familles d'officiers habitant Bab-el-oued.
Alors c'est quoi la sécurité militaire, pour nous appelés ce n'était que du travail de bureau, on évoquait cependant à demi-mots l'action passée des "barbouzes" mais c'était les autres, ceux de l'autre villa dans un autre quartier... et puis nous avions prêté serment.... de quoi d'ailleurs ?
Pour ma part je devais compléter les fiches signalant les désertions nombreuses à cette époque c'est ainsi que je trouvais la trace d'un ancien apprenti cuisinier trois fois déserteur trois fois repris et revu bien des années plus tard à Bergerac.
Puis vint l'indépendance, mais hélas pas le retour en France, la S.M. devait quitter Alger et gagner le camp du Lido à Fort de l'Eau petite bourgade en bord de mer à l'autre extrémité de la baie. Quel souvenir que ce déménagement et par quel hasard, durant trois jours, j'ai été amené à transporter une partie des dossiers secrets et notamment ceux de certains généraux dit félons de nos anciens locaux vers les nouveaux, cela dans une 203 Peugeot sous immatriculation de l'armée avec un chauffeur aussi inquiet que moi et sans armes bien sur.
Un autre souvenir cuisant de ces journées, le camp qui nous accueillait était géré par la cavalerie, le lieutenant chef de bureau sachant que je montais à cheval m'avertit qu'on pouvait emprunter des chevaux revenus des Aurès aussi maigres qu'une vache sacrée nous voila partis pour les écuries, il y avait bien les bourrins mais pas de selle il fallait donc monter à cru. Au cinéma ça ne prête pas à conséquence pour nous ces deux heures de galop se soldèrent par une impossibilité de s'assoir pendant trois jours.
Le petit coin de camp qui nous était attribué sentait le paradis, la mer au bout du chemin, des fleurs, des bassins, j' y découvre la beauté des hibiscus. Nous sommes au plus une trentaine d'appelés des trois armes mais la présence de l'aviation et de la marine est symbolique, encadrés par un commandant et deux ou trois capitaines et autant de lieutenants, il y a deux sections, les secrétaires, la caste supérieure ! et les chauffeurs qui sont en minorité une dizaine et comme on ne se mélange pas nous occupons des bâtiments distincts. J'oubliais les trois PEFAT, personnel féminin de l'armée de terre, elle ne couchaient pas au camp, il en était de même parfois du chauffeur qui devait les ramener à Fort de l'Eau ....
Mon travail avait changé, je devais étudier la presse, découper les articles sur l'armée en faire un bref résumé et les classer, je disposais tous les matins d'une voiture avec chauffeur identique à celle du commandant du camp pour aller à Fort de l'Eau acheter les journaux, nous arrivions lentement devant le poste de garde et j'avais droit à la sortie précipitée du peloton qui.... me présentait les armes... on s'amuse d'un rien à l'armée!
Notre commandant était bon enfant et très vite la disciple se relâcha, la saison, la mer, il y avait du sable dans les esprits et hors des heures de bureau nous avions adopté la tenue estivale même pour les travaux ménagers .
Le camp n'avait pas d'accés direct à la plage mais très rapidement les permissions du dimanche nous permirent de profiter des joies de la baignade. Alors qu'Alger résonnait encore du fracas des explosions, alors qu'une file ininterrompue de voitures gagnait l'aéroport de Maison Blanche où elles étaient abandonnées, alors que deux communautés qui auraient pu vivre en harmonie s'entretuaient vivions nous désinvoltes et insouciants ? je le crains .
a suivre...
2 janvier 2012
On a sauvé le soldat Robert
A quoi pensait ce garçon convoqué à Bordeaux ce 2 janvier 1962 pour son incorporation ? je suis aujourd'hui incapable de donner une réponse tant les évènements des mois suivants furent exceptionnels.
L'angoisse sans doute, très vite suivie d'une certaine indifférence, se laisser porter, accepter les évènements puisqu'on ne peut les maitriser, être acteur, jouer un personnage, mais aussi en être le spectateur. De cette journée débutant sans doute par une coupe au carré il ne me reste qu'un souvenir, un garçon m' adressant la parole : Jacques D. nous nous découvrons deux points communs : sursitaires et fils de restaurateur, j'ai trouvé un ami et par un heureux hasard nous passerons pratiquement ensemble toute la durée du service militaire car il s'agit bien sur de cela et c'est ma "guerre" que je vais raconter. En fin de journée nous nous entassons dans un train spécial pour Port-Vendre puis, après une journée d'attente, l'embarquement à bord d'un hypothétique navire ville d'Oran? El Mansour ? Sidi-bel-Abbes ? qu'importe, le voyage fut pénible je l'ai donc vite oublié. A l'aube, Alger nous éblouit sous un beau soleil méditerranéen mais bien vite il faut grimper dans les camions en direction du camp de Béni-Messous et son centre de formation du train 160. Ce sera mon chez moi pour quatre mois avec la découverte de la colocation au carré, du paquetage, du sac de couchage, des lessives et du parfum des chaussettes des voisins... les joies de la 6eme compagnie, la privilégiée parait-il puisqu'elle est composée d'élèves officiers de réserve. Combien étions nous dans ce bâtiment trente, quarante ? à part Jacques D. qui occupait le lit supérieur je n'ai gardé aucun souvenir de mes compagnons du devoir !
Durant ces quelques semaines j'ai appris à marcher au pas, à démonter un fusil sans doute aussi à le remonter et même à voir de près un moteur à explosion qui reste toujours à mes yeux au bout de tant d'années un puzzle inextricable. J'ai même obtenu un permis poids lourd en faisant trois fois le tour du camp uniquement en première n'ayant jamais trouvé le cran de la seconde. De façon plus utile je rédigeais le 1er numéro du mensuel du CIT et participant au groupe de théâtre je répétais Knock de Jules Romain ce qui me chatouillait plus agréablement que les corvées auxquelles j'échappais grâce à ces activités annexes. Une formation interrompue au bout de deux mois sur un demi-tour à gauche exécuté le jour des épreuves intermédiaires mouvement du corps humain absolument interdit dans un corps d'armée.
Seul souvenir pénible la fameuse piqure "antitout" indolore et inoffensive mais qui quelques heures plus tard m'envoyât sur une civière à l'infirmerie, il ne me reste que le souvenir des mots prononcés par le brancardier..." ben il a une sale gueule je sais pas s'il reviendra"... puis le trou noir durant plus de 24 heures....je n'ai jamais pu savoir ce qui m'avait mis dans cet état, peut-être la plaque de chocolat journalière que je dégustais sans modération, elles étaient envoyées par mes parents qui se gelaient en Suisse pendant que je profitais du soleil africain.
Adieu donc les barrettes et me voila engagé involontaire à la FRAD "formation rationnelle et accélérée de dactylo" termes assez impropres car au bout de deux mois je ne tapais toujours qu'avec deux doigts... Il faut dire que les évènements de l'indépendance perturbaient sérieusement les cours, nous passions plus de temps en gardes de nuit en protection du camp qu'en cours de sténo ! ce fut le seul moment de ma vie où j'eu l'impression par manque de sommeil de voir marcher des arbres. la seule aussi où j'ai participé au "maintient de l'ordre" dans le fameux quartier de Climat de France, trois nuits à patrouiller le fusil à l'épaule trois balles dans la poche sous les galeries de l'immense place centrale, nous ressemblions à ces figurines de stand de tir forain qui défilent devant les tireurs goguenards, nous étions à la merci de n'importe quel habitant des immeubles. Si tout se passa bien pour nous il n'en fut pas de même pour mes anciens compagnons EOR, sortis en camions bâchés dans Alger ils furent mitraillés par l'OAS : sur les vingt et un militaires sept furent tués et sept blessés, Jacques D qui faisait parti du convoi revint indemne et tremblait encore en me racontant le lendemain ce désastre. En toute logique militaire les trois tués furent décorés avec palme, les blessés sans palmes et ceux qui n'avait rien n'eurent rien !!!!
Les derniers jours de classes restent assez chaotiques dans ma mémoire, une satisfaction cependant, nous étions partis pour 28 mois mais la signature des accords d'Evian ramenait le service à 18 mois, il y avait de la joie dans les chaumières. Arrive enfin le jour des affectations, j'appends la mienne avec effroi : chauffeur poids lourd au Sahara... c'est l'enlisement total, heureusement le contre-ordre suit souvent l'ordre, le jour même je rejoins en compagnie de Jacques D. le quartier général d'Alger étant officiellement secrètement attaché à la sécurité militaire.... les vacances vont pouvoir continuer !!!
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